Journal

Fait attention un peu aux premières pensées que tu laisses prendre de la place le matin. C’est que tu vois elles ont cette tendance à—aussi—devenir les deuxièmes, puis les troisièmes, puis ta journée, puis ta semaine, puis ta vie.

Je ne pense pas que je veux vivre ma vie comme s’il n’y avait pas de lendemain. C’est un peu stressant, conceptuellement, de se serrer comme ça, de se presser contre les rebords du gouffre, de volontairement se mettre dans un état où tout doit être fait, ou toutes les opportunités doivent être prises, où toute chance n’arrive qu’une seule fois. Parce que, t’sais, soyons honnêtes toi pis moi, c’est pas vraiment vrai de vrai. Il y en a—il y en a même beaucoup, des opportunités qui reviennent plusieurs fois dans nos vies. Pis, la majorité du temps sauf une seule fois, il y aura encore demain. C’est ok de remettre à plus tard un peu. C’est pas une mauvaise chose à faire—nécessairement. Des fois, c’est une bonne chose à faire. Des fois, c’est exactement ce qu’on a besoin. J’pense que quelque part, ça vient aussi avec l’acceptation que, de toute façon, des opportunités, je vais passer ma vie à en manquer—pis que c’est ok. Alors moi j’te le dis, il y aura toujours demain.

Ce qui me fait rire un peu avec le lâcher prise c’est de me faire croire que j’avais la moindre emprise sur quoique ce soit au départ. Donc quelque part ce n’était pas nécessairement de—lâcher—quelque chose vraiment, mais de—réaliser—que, depuis le début, mes deux mains étaient déjà ouvertes et libres.

Tout allait si bien avant que je regarde par la fenêtre et que je choisisse de me faire croire que là où il y avait des nuages, il devait avoir le soleil à la place. N’est-ce pas curieux.

La chenille elle doit devenir un cocon pendant un temps pour devenir un papillon. Même si elle n’en a pas envie, elle n’a pas le choix. C’est comme ça que ça marche.

Beaucoup de choses plaisantes ont commencées à arriver dans ma vie quand j’ai arrêté de voir le bonheur comme un état—et commencé à le voir comme un verbe. Non plus comme quelque chose qui m’arrive—mais comme quelque chose que je fais.

Peut-être que si tu portes encore dedans toi des vieilles choses qui ne te servent plus, tu peux faire comme le chêne à l’automne le fait avec ses feuilles et simplement—sans en faire toute une histoire ou te sentir obligée d’en faire une espèce de rituel compliqué—les laisser s’en aller.

Lettre du dimanche