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Pis, dis-moi donc, après toutes ces années à essayer de te convaincre que si tu réussis à être assez ci pis assez ça tout le monde va t’aimer pis te trouver dont merveilleuse et parfaite as-tu réussi à te convaincre? Ou b’en est-ce que t’es enfin prête à accepter que c’est impossible que tout le monde t’aime, que tu ne peux pas les ensorceler à ce que ce soit le cas en étant assez ci et ça—et que pour ceux qui t’aime, tu n’as même jamais eu besoin d’être assez quoique ce soit pour que ce soit le cas?

Je pense que des fois, le seul chemin, c’est b’en plate, mais c’est au travers. Faut prendre l’orage avec nos deux mains pis le porter autour de nous comme un châle pis juste avancer au travers le feu pis avoir confiance qu’au bout il y aura le calme enfin. C’est comme ça.

Non mais pour qui est-ce qu’ils se prennent. Pour qui est-ce qu’ils se prennent à te parler comme si toi tu n’étais pas. Pour qui est-ce qu’ils te prennent pour croire qu’ils doivent t’apprendre ce que tu ressens et penses. Pour qui faut-il se prendre pour croire savoir mieux que toi ce que tu vis et ce que tu devrais faire. Pour qui faut-il te prendre pour croire que tu es quoique ce soit d’autre que la seule personne qui existe sur cette terre qui sache profondément ce que tu ressens, ce que tu désires, ce dont tu as besoin et ce que tu devrais faire. Non. Ils ne savent rien et toi tu sais tout. Ne les laisse—jamais—t’en convaincre autrement. Ne les laisse—jamais—te retirer la gouvernance et la souveraineté de ta propre existence.

Ose.

Sais-tu ce que je vois moi? Une enfant dans des vêtements d’adulte qui a fini par se faire croire qu’elle voulait vraiment toutes ces choses et tous ces gens et tous ces accomplissements et toutes ces félicitations qu’elle a accumulé autour d’elle depuis toutes ces années pour essayer de remplir le même vide qu’elle ressentait la nuit toute seule dans sa chambre il y a tout ce temps. Ce qu’on réussi à se fait croire quand même hein?

Tu n’es pas les parties de toi que tu n’aimes pas. Tu n’es pas non plus les parties de toi que tu aimes.

Imagine à quel point tous ces problèmes dans nos vies en ce moment vont nous sembler insignifiants, dans une ou deux décennies—si même on s’en souvient encore.

Lettre du dimanche