Journal

Moi j’ai confiance en toi
en tout cas.

Et peut-être il est le temps maintenant de prendre une pause et de te demander—est-ce que c’est vraiment—si—important que ça? Est-ce que c’est—plus—important que ma paix? Peut-être que oui, t’sais. Je te dis pas ça parce que je pense que non, des fois il y a des choses qui sont plus importantes que notre paix, mais juste, est-ce que—cette fois—c’est une de ces fois-là?

Si tu ne fais pas confiance à ce que tu perçois quand tes lunettes sont embuées—pourquoi est-ce que tu le fais quand ta tête l’est?

Des fois elle me manque, la petitesse du monde de quand j’étais pas grand.

Les champs étaient infini, une fleur était rare, un jour était une semaine et une semaine était un an.

On dirait qu’en grandissant, la vue s’agrandit et tout le reste rapetisse un peu. On voit—et on regarde—peut-être un petit peu trop loin.

Le très grand devient moins grand, le rare devient ordinaire, l’éternel devient court, on devient au courant de ce qui se passe autour du globe et on ne voit plus ce qui se passe à vingt mètres autour de nous.

Alors j’essaie je t’avoue de volontairement rétrécir ma vue, que je puisse me concentrer encore comme avant sur un infini moment de quelques minutes, savourer une pomme comme si c’était la seule au monde, trouver mes petits problèmes bien graves, revoir dans une ombre un mystère, retrouver dans une étincelle une galaxie.

Ferme les yeux. Inspire, retiens, retiens, retiens, puis expire doucement. Encore. Inspire, retiens, retiens, retiens, puis expire encore plus doucement.

Prends conscience de l’espace qu’occupe le corps dans l’espace. Reste là. Encore. Prends conscience de tout l’espace qu’occupait le corps dans tout l’espace. Reste là.

Inspire, retiens, retiens, retiens, puis expire doucement et imagine le calme de l’expiration remplir totalement l’espace qu’occupait le corps dans l’espace. Reste là. Encore. Inspire, retiens, retiens, retiens, puis expire encore plus doucement et imagine le calme de l’expiration remplir totalement tout l’espace qu’occupait le corps dans tout l’espace.

Reste là.

Je suis ce que je suis que je le définisse ou non. J’étais et j’existais pleinement quand j’étais un jeune enfant, même si je n’avais alors absolument aucun mot et aucune définition pour me décrire. Exister et être moi-même ne nécessite pas d’être capable d’intellectualiser mon tempérament ou mon essence et de la verbaliser proprement dans des mots et des définitions, comme une liste mentale à laquelle faire référence parfois pour savoir si je suis bel et bien moi ou non. Je suis et serai absolument toujours moi. Les contours de ce que je suis ne sont pas rigides comme le seraient une clôture—je ne peux pas me cogner sur les rebords ou les dépasser—ils sont mous et flexibles comme le sont les rebords d’une goutte d’eau. Une goutte d’eau n’a absolument aucun besoin de se « connaître » pour être une goutte d’eau de la bonne forme et de la bonne façon—et moi aussi, exactement comme elle, je n’ai, et n’ai jamais, eu besoin de faire ça.

Quand des fois je sens que je vois des signes de ci et de ça autour de moi et que je sens mon mental en train d’en tirer des conclusions et de se croire lui-même—j’essaie de me rappeler que c’est ce même mental qui voit des visages dans des troncs d’arbres et des tapis.