Mots

Trouver les mots

L’idée, c’est pas d’expliquer un sentiment avec des mots, c’est d’utiliser les mots pour le faire vivre. Mais parfois c'est dur, les mots. Parfois tu veux crier plutôt, juste un son, intense et sourd, les deux bras en l'air, comme l'animal qui veut sortir de l'habit. Et bien fais-le. Laisse le sortir. Pleure, ris, grogne, hurle, pis crois pas que t'es obligé de courir en rond dans une prison institutionnelle de syllabes pis de syntaxe. Parfois, t'as pas besoin de trouver les mots. Parfois, t'as juste à vivre comme tu le sens, comme tu le sais. Parce qu'un fou rire qu'on partage en se tenant la main sera toujours plus éloquent que même le plus construit des jolis discours intellectuels.

Frédéric Gingras
J'te tiens

J’sais que t’as envie de crier. J’te dirai pas de pas le faire. Tout au contraire, cris, rage, pleure, hurle, t’inquiètes pas, j’te comprends, plus que tu penses. J’sais c’est quoi, pis j’sais que personne peut t’aider en te disant de rester calme. Alors sors-le, le méchant. Crache-le, vomis-le, chie-le. Tu peux même me frapper un peu, me pousser, me bousculer, mais j’vais rester là, t’inquiètes pas, j’te tiens. Même si tu tombes, j’te tiens, pis j’te laisserai jamais toucher le sol toute seule.

Frédéric Gingras
Viens

Viens, prends ma main. J’t’invite dans une parallèle étrange d'un monde ordinaire. On va aller courir dans les rues en chantant à tue-tête des chansons de la vieille époque, on va aller faire une bataille de boules de neige, on va aller rire des gens qui se prennent pour du sérieux. On va s’créer notre propre histoire, dans un monde de chemins tous tracés. J’te veux frivole, j’te veux bestiale, les cheveux en broussaille pis le regard enfantin. Moi j’te le dis, petite chose, je sais pas comment ça a commencé, pis j’sais pas comment ça va finir. Mais on s’en fou. On va se donner au complet pendant que les réfractaires du coeurs ont peur de se donner à moitié. On va s’ouvrir au complet, se mettre à nu, tout nu, pis on va se contempler pis se figurer pendant que les gens se comprennent juste à moitié. On va rire, on va pleurer, pis surement qu’on va se fâcher, mais au moins on ne sera pas retenu, au moins on aura tout donné, pis on aura pas de regrets. Alors viens, petite chose, on va se trouver une place pour rêver. Une place pour s’aimer. Pis on va être bien.

Frédéric Gingras
Combattre le temps

J’veux pas être ici, j’veux être là-bas, avec eux, avec les vieux. Ceux qui l’ont déjà vécu. J’me sens flou. Comme si j’vibrais un peu, toujours entre ici et en avant, jamais complètement dans l’instant. J’essaie de m’accrocher à de quoi, mais j’me sens les deux pieds partir la tête la première, dans l’instant prochain, celui qui promet. J’me dis que mon horloge est un peu cassée, qu’il faudrait changer les batteries. J’pense que quand j’étais petit on m’a frappé un peu trop fort pis que ça m’a déréglé. Que je suis un peu sorti d’ici pis que j’me suis retrouvé toujours à demi là-bas. J’me sens courir contre le temps depuis que je suis petit. Comme si le présent était plus inquiétant que les possibles. Comme si j’avais un peu peur, au fond, d’être là. Que ce serait plus simple si c’tait un souvenir, que j’étais dans le futur que j’imagine, pis pas là. Là, ici, j’ai toujours l’impression d’être en retard sur mon planning que j’me suis inventé sur le moment. Toujours à un pas, pourtant, mais jamais exactement au bon endroit. Comme si le bon endroit me fuyait, qu’il me combattait. C’est comme ça, dans le fond, que j’me sens parfois, en train de combattre le temps.

Frédéric Gingras
Rapproche-toi mais pas trop

Alors viens, on va toucher nos coeurs le temps d’une histoire, on va s’oublier dans une brume d’espoir, le temps qu’on le peut, pis après on verra, on verra c’qu’on en fera de tout ça. On verra pis on fera. Viens. Prends ma main pis rapproche-toi. Mais pas trop. Mais fort. Pis fais-le maintenant.

 

Frédéric Gingras
Responsabilité

C’est pas de ma faute. C’est pas de ma faute si j’ai été abandonné quand j’étais petit. C’est pas de ma faute si mon père est parti et que ça m’a complètement détruit. C’est pas de ma faute si ça ma fait devenir un enfant rempli de rage et de violence.

C’est pas de ma faute.

C’est pas de ma faute si j’ai eu une enfance de merde. C’est pas de ma faute si j’ai été emmené de force une fois chez un psychiatre. C’est pas de ma faute si j’ai fait une dépression qui m’a empêché de finir mon secondaire avec mes amis. C’est pas de ma faute tout ça. Ni le départ de papa. Ni ma réaction émotive. Ni ma violence qui en a découlé.

C’est pas de ma faute.

Mais.

Oui : mais.

Mais c’est de ma faute si j’ai attendu d’être un homme avant de prendre ma vie en main. Avant de faire le « switch » mental le plus important que j’ai fais dans ma vie. C’est de ma faute, juste à moi, si j’ai attendu aussi longtemps avant de devenir responsable de ma réalité. Pis c’est la chose la plus puissante que je n’ai jamais fais.

Parce que quand on accepte qu’on est responsable de tout dans notre vie, même nos malheurs, ce n’est pas simplement se tapper dessus et se donner la faute, non. Vraiment pas, en fait. C’est se donner le pouvoir de faire autrement.

Parce que si je suis responsable de ce que je vis en ce moment, je peux le changer. Si je ne suis que victime, je ne peux rien y faire. 

Parce que si, certes, je ne peux pas choisir ce qui m’arrive parfois dans la vie, c’est clairement moi qui décide comment je vais réagir à la situation.

Cette façon de penser, cette petite nuance, c’est ce qui m’a permis de devenir celui que je suis aujourd’hui. C’est ce qui m’a donné la force de me relever pis de continuer d’avancer, au lieu de sombrer dans des pensées plus que sombres.

Alors lève-toi. Lève-toi debout pis serres les poings. Pis regarde droit devant toi. Tout ça, c’est ton choix. Oui, parfois la vie nous donne des cartes de merde pour commencer la partie. Ça, on peut rien n’y faire. Par contre, c’est nous qui décidons d’abandonner au lieu de jouer avec ce qu’on a. 

Alors regarde-toi droit dans les yeux pis fais-toi une promesse. Promets-toi de ne jamais te laisser tomber encore une fois. Que ça, c’est ta vie. Que c’est toi qui décide comment tu vas la vivre. Que rien, pas le regard des autres, pas la pression sociale, pas les conventions, pas les médias, personne, ne va te dicter comment vivre ta vie ou te dire qui tu es. Que tu prends la responsabilité totale de ton bonheur. Que si t’es pas encore exactement là où tu voudrais c’est ta responsabilité, à toi seul, de t’y rendre. Pis que plus jamais tu mettras le blâme sur quelqu’un d’autre que toi.

 

J’te connais pas, mais j’t’aime.

Fred

Frédéric Gingras