Mots

Tu es la mer

J'sais pas d'où nous vient ce sentiment que cette agglomération particulière d'atomes doit survivre. C't'illusion du quelqu'un, comme une vague dans la mer. Une vague n'est pas dans la mer. Une vague, c'est la mer.

Frédéric Gingras
Dissiper

T'es un peu mon genre de folie, celle qui ne veut pas vieillir, celle qui a saisit que c'te temps qui passe, c'est juste une histoire qu'on se raconte pour se pardonner de ne plus essayer. Alors vient, que j'te montre une tangente à c'qu'on connait, une petite partie du monde où tout disparaît pis où le sol est doux pis où on va aller mourir ensemble pis où on va renaître en hurlant à la mort pis où tu vas oublier pis te rappeler pis respirer pis soupirer pis rire pis pleurer en regardant le ciel. Viens, on va aller se dissiper dans un rêve.

Frédéric Gingras
Fait pour partager

Je sais que c'est pas toujours facile, que parfois, le matin, tu regardes le plafond en sachant pas trop où tu t'en vas, que t'as une drôle d'impression récurante que tu fais fausse route, sur un vieux chemin de gravelle pas très droit, que t'es un peu tannée des bosses pis des cul-de-sacs. Je sais que tout ça fait pas de sens tout c'qu'on vit, pis que t'essaies vraiment fort d'en faire. Mais j'me dis que peut-être il n'y en a pas, de sens. Peut-être que c'est pas pour rien que les seuls moments où tu te sens vraiment en paix pis heureuse c'est quand tu ris aux éclats avec tes amis ou quand tu cours pour te sauver de la pluie chaude d'été ou quand tu manges une crème glacée ou encore quand tu fais l'amour. Peut-être que c'est juste ça, le sens, que c'est pas ta carrière ou ton ambition ou que t'as pas besoin de résoudre l'énigme du monde avant d'aller déjeuner. Peut-être qu'on est pas fait pour changer le monde, peut-être qu'on est fait pour le partager. Pis le vivre. Pis l'aimer.

Frédéric Gingras
Allume la lumière

 Ça peut prendre toute une vie pour se rendre au bon moment, mais ça survient en un instant. Pis c'est un peu triste, j'me dis, parce que dans le fond, c'est tellement simple, tellement évident qu'on se demande à quoi on pensait avant. T'es en vie, donc tu vaux la même chose que tout ce qui est en vie. C'est tout. C'est pas une question de ce à quoi tu ressembles, ce que tu possèdes ou ce que tu peux faire, c'est aussi simple qu'un souffle, aussi facile que d'allumer la lumière dans une petite pièce noire. Alors réalise, petite fleur, que tu es, donc tu vaux. Pas moins qu'une autre, pas plus qu'un autre, pas un peu plus chaque jour, pas un peu moins parce que t'as fais une erreur, juste Oui. Juste totalement, entièrement, pas beaucoup, pas un peu, juste parfaitement. Alors arrête d'essayer pis de tenter pis de vouloir pis d'espérer, pis allume la lumière.

Frédéric Gingras
Tu te souviens?

J'sais c'que tu vis, 'tite fleur. J'le vis aussi. J'pense qu'on est normal. J'veux dire, j'crois pas qu'on soit fou. Juste un peu confus. On s'est un peu perdu en chemin. On a un peu perdu de vue l'essentiel. Cette chose qui nous obsédait quand on était kid. Tu te souviens, 'tite fleur? Peut-être que c'était quand tu dessinais sur la table avec des gros crayons de cire, peut-être que c'était lire et relire des encyclopédies imagées et raconter tes découvertes à tes parents; ou encore jouer dans la terre sous le soleil d'été, mais on a un peu oublié, avec tout ce qui nous est arrivé. J'te dis pas de tout abandonner, mais essaie de te souvenir, de te rappeler qui tu es, c'que tu dois faire, c'est quoi, ta vocation. C'est en toi, c'est ton ADN, tu le savais, toute petite, pis avec tout ce qui t'es arrivé, t'as un peu oublié. Mais aies pas peur, 'tite fleur, j'te promet tu la vivra ton aventure, pis tu seras bien, dans ta parallèle du monde. Pis si t'as besoin d'en parler, viens me voir, on va prendre un thé, pis on va essayer de se rappeler qui on est, après tout ça.

Frédéric Gingras
C'est grand

C’est grand, une vie. Pis parfois ça fait un peu peur. Surtout quand on n’est pas encore très loin. Quand on commence, au fond, le grand voyage, pis qu’on essaie de comprendre sa place dans c’te grand champ de fleurs qui s’étend à l’infini. Pis moi, j’suis laquelle, là-dedans? J’ressemble à quoi? J’veux faire quoi? J’veux être qui, moi, dans tout ça? Moi j’dis qu’on se pose trop de questions, qu’on veut trop garder le contrôle. Qu’on perd peut-être un peu trop de temps à choisir quelle fleur on veut être au lieu d’avancer dans le champ. Donc, arrête, ‘tite fleur, de t’inquiéter. Tu veux voir trop loin, on a juste des petits yeux d’humain, on peut pas voir aussi grand qu’une vie. Fais des jumelles avec tes mains pis regarde bien autour de toi, c'est ça qui est important, ce qui est proche, ce qui te touche. Parce qu'on le sait pas ce qu'il y a, là-bas, derrière l'horizon. Pis on s'en fou. C'qui importe, c'est c'qu'il y a tout près.

Frédéric Gingras
T'es déjà là

J’sais pas tu cours où, exactement, comme ça, à bout de souffle. J’sais pas c’que tu cherches, comme ça, sans répit. Ça me rend triste de te voir courir. T’as pas besoin de t’essouffler comme ça, les yeux fermés. Tu chasses quoi? Tu sais pas? Est-ce que tu le sais, toi, pourquoi tu pourchasse quelque chose que tu peux pas nommer? Tu penses que tu trouveras une fois que tu seras là-bas, derrière l’horizon que tu te crée? J’suis pas certain, moi, que c’que tu cherches, ça se trouve là-bas. J’pense qu’on s’est fait avoir, toi pis moi, qu’on s’est fait entourlouper dans l’idée que ça se trouve, cette chose-là, que c’est là-bas, tout près, qu’il nous manque juste ceci ou cela, juste une dernière chose, un dernier pas.

Moi j’pense que tu y es déjà. T’es déjà là.

Frédéric Gingras
La vie en noir et blanc

Oui, t'as bien vu. Non, c'est pas le même qu'hier, mais oui, je suis encore habillé en noir. Ça fait six ans que je m'habille en noir. Six ans que j'porte l'uniforme de la sobreté, que j'passe inaperçu vite comme ça, mais que j'me fais remarqué au fil du temps. Pas par ma parure, mais par c'que j'dis, par c'que je fais, par c'que je suis. J'suis un paon sans plumes, j'm'ouvre pas vite comme un livre, j'me dévoile, comme une dentelle tranquille.

J'aime la vie en noir et blanc. C't'une vie de contrastes. Une vie simple, avec une dizaine de vêtements, mais où chacun a été précieusement choisi pour son confort, sa douceur, son utilité. La vie en noir et blanc, c'est une vie de choix, les bons choix, ceux qu'on prend le temps de faire pis qu'on chéri des années.

C't'une vie d'intention. Tout part de l'intention. Pis moi je me revêt avec intention, avec attention, mais j'crie pas qui j'suis dans les rues, j'le chuchotte à l'oreille.

Frédéric Gingras